Le règlement (UE) 2025/40 est applicable depuis le 12 août 2026. La question n’est plus de savoir s’il faut changer d’emballage, mais de savoir ce que votre machine saura faire de ce nouvel emballage.
Un changement de nature, pas seulement de niveau d’exigence
Depuis dix ans, la pression sur les emballages venait des marques, des distributeurs et des consommateurs. Elle était forte mais négociable.
Elle vient désormais d’un règlement européen d’application directe.
Le règlement (UE) 2025/40 relatif aux emballages et aux déchets d’emballages, dit PPWR (Packaging and Packaging Waste Regulation), est entré en vigueur le 11 février 2025 et est applicable depuis le 12 août 2026. Il abroge la directive 94/62/CE.
Sa particularité tient à sa forme juridique : c’est un règlement, pas une directive. Il s’applique donc de la même manière dans tous les États membres, sans transposition nationale et sans marge d’interprétation locale.
Pour un industriel du conditionnement, cela change une chose essentielle : l’échéance n’est plus une intention, c’est une date.
Ce qui est déjà applicable, et ce qui arrive
Le règlement ne bascule pas d’un coup. Ses obligations s’échelonnent sur une quinzaine d’années, et c’est précisément ce qui rend sa lecture difficile.

Trois horizons doivent être distingués.
Depuis le 12 août 2026.
- Le règlement s’applique et remplace la directive 94/62/CE.
- Des valeurs limites s’appliquent aux substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS) dans les emballages au contact des denrées alimentaires.
- Tout emballage mis sur le marché doit être accompagné d’une déclaration de conformité permettant de l’identifier et d’attester sa conformité.
Au 1er janvier 2030 — l’échéance structurante.
- Tous les emballages doivent être recyclables selon des critères de conception définis ; les emballages non recyclables ne peuvent plus être mis sur le marché.
- Les emballages doivent être conçus pour que leur poids et leur volume soient réduits au minimum nécessaire à leur fonctionnalité, ce que le producteur doit pouvoir démontrer par un dossier technique.
- Les parties plastiques doivent intégrer un taux minimal de matière recyclée.
- Les emballages de groupage et de transport sont soumis à un plafond de taux de vide.
- Une liste de formats plastique à usage unique est interdite à la mise sur le marché (annexe V du règlement).
Au-delà de 2030.
- Les taux de matière recyclée et les objectifs de réemploi sont relevés par paliers, jusqu’en 2040.
- Les États membres doivent réduire la quantité de déchets d’emballages par habitant par rapport à 2018, selon des jalons successifs.
Un industriel qui investit dans une ligne aujourd’hui l’exploitera encore en 2035. C’est la raison pour laquelle ce calendrier doit entrer dans le cahier des charges, et non dans le rapport RSE.
Le point qui concerne directement le conditionnement secondaire
Deux dispositions méritent une attention particulière parce qu’elles touchent au suremballage, c’est-à-dire au cœur du métier.
La minimisation.
À partir de 2030, un emballage doit être réduit au minimum nécessaire à sa fonctionnalité. La formulation est importante : le texte ne dit pas « supprimé », il dit « réduit au minimum nécessaire à sa fonctionnalité ».
Autrement dit, la question n’est pas de savoir si un emballage secondaire est autorisé. Elle est de savoir si sa fonction est démontrable.
Le cellophanage remplit des fonctions identifiables : inviolabilité, protection contre les salissures et les manipulations, maintien d’un lot, hygiène. Ces fonctions sont documentables — encore faut-il les avoir documentées avant qu’on les demande.
Les formats interdits.
L’annexe V du règlement interdit, au 1er janvier 2030, une liste de formats plastique à usage unique jugés non essentiels. Y figurent notamment les suremballages non fonctionnels et certains emballages plastique de groupage utilisés au point de vente.
Le périmètre exact de cette catégorie fait aujourd’hui l’objet de lectures divergentes dans la profession. Deux repères sont en revanche solides : l’interdiction ne vise que le plastique, et elle vise ce qui est non fonctionnel.
Ces deux repères dessinent la stratégie à suivre : documenter la fonction, et examiner les alternatives non plastique.
Ce que cela change concrètement sur une ligne existante
Un changement de matériau n’est jamais une simple substitution de bobine. Il touche cinq paramètres à la fois.
- La fenêtre de soudure. Chaque matériau possède son propre couple température / temps de contact / pression. Les papiers thermoscellables et les films cellulosiques sont notablement moins tolérants que le polypropylène.
- La cadence. Un matériau moins souple ou à fenêtre de soudure plus étroite peut imposer de revoir la cadence à la baisse, parfois de façon significative.
- Les outillages. Une modification de laize ou de rigidité peut nécessiter d’ajuster, voire de remplacer, des pièces de format.
- Les réglages de tension et de guidage, qui doivent être revalidés format par format.
- Le stockage. Les matériaux biosourcés et papier sont sensibles à l’humidité, à la température et à l’électrostatisme ; un stockage inadapté dégrade leur comportement machine bien avant leur aspect.
C’est pourquoi la bonne séquence est toujours la même : essai industriel d’abord, arbitrage marketing ensuite. L’inverse produit des lignes qui ne tiennent plus leur cadence.
Le guide pratique n° 6 détaille les familles de matériaux disponibles et leurs conditions d’emploi.
Ce qu’il faut vérifier sur votre machine avant d’engager un changement
Toutes les machines ne sont pas également ouvertes aux matériaux alternatifs. Quatre points déterminent la marge de manœuvre :
- la plage de température des organes de soudure et la finesse de leur régulation ;
- la capacité à enregistrer et à rappeler des recettes distinctes par matériau, faute de quoi chaque changement redevient un réglage complet ;
- la maîtrise de la tension du matériau sur l’ensemble de son parcours, qui devient critique avec les matériaux moins tolérants ;
- la disponibilité d’un accompagnement constructeur pour la revalidation des paramètres.
Sur une machine ancienne, ces quatre points constituent aussi une grille de décision entre modernisation et remplacement — sujet traité dans le guide pratique n° 16.
Le calendrier à tenir, à rebours
Une échéance au 1er janvier 2030 ne se prépare pas en 2029.
Un changement de matériau sur une gamme complète suppose, dans l’ordre : un inventaire des références et de leurs fonctions d’emballage, une présélection de matériaux, des essais industriels par famille de format, une revalidation des paramètres, une adaptation éventuelle des outillages, une refonte des maquettes d’impression, puis un écoulement des stocks de bobines existants.
Compté à rebours, cela place le démarrage des essais nettement en amont de l’échéance. Les industriels qui s’y prennent tard découvrent en général deux choses en même temps : que le matériau retenu ne tient pas la cadence, et qu’il n’y a plus de temps pour en tester un autre.
Les erreurs les plus fréquentes
Traiter le PPWR comme un sujet RSE. C’est un sujet de conformité produit, avec une date d’application et une charge de la preuve. Il relève du cahier des charges industriel autant que du rapport extra-financier.
Attendre la stabilisation complète du texte. Certaines modalités se préciseront encore, mais les échéances, elles, sont fixées. Les essais matériau peuvent commencer sans attendre.
Changer de matériau sans essai sur la ligne réelle. Deux références commerciales proches peuvent se comporter très différemment en soudure et en cadence. Un essai en laboratoire ne remplace pas un essai en production.
Supprimer un emballage secondaire sans documenter sa fonction. Le texte demande de réduire au minimum nécessaire à la fonctionnalité, pas de supprimer. Une fonction non documentée est une fonction indéfendable.
Oublier l’impact sur les outillages et l’impression. La laize, la rigidité et les zones thermoscellables se décident ensemble. Les reprendre séparément coûte deux fois.
Check-list : où en êtes-vous sur le PPWR ?
- ☐ La fonction de chaque emballage de votre gamme est-elle identifiée et documentée ?
- ☐ Vos emballages plastique à usage unique ont-ils été passés en revue au regard de l’annexe V ?
- ☐ Un inventaire des références et des laizes utilisées existe-t-il ?
- ☐ Des matériaux alternatifs ont-ils été présélectionnés pour chaque famille de format ?
- ☐ Des essais industriels ont-ils été réalisés sur votre ligne, avec votre produit ?
- ☐ L’impact de ces matériaux sur la cadence a-t-il été mesuré, et non estimé ?
- ☐ Vos organes de soudure couvrent-ils la plage de température requise ?
- ☐ Vos recettes de production permettent-elles de basculer d’un matériau à l’autre sans reréglage complet ?
- ☐ Vos maquettes d’impression et vos zones thermoscellables ont-elles été revues avec l’imprimeur ?
- ☐ Un calendrier à rebours de l’échéance 2030 a-t-il été établi, incluant l’écoulement des stocks ?
Conclusion
Le PPWR ne condamne pas le conditionnement secondaire. Il condamne le conditionnement secondaire dont personne ne sait dire à quoi il sert.
Deux chantiers sont à mener en parallèle : documenter la fonction de vos emballages, et vérifier ce que vos machines savent faire avec des matériaux qui remplaceront les actuels.
Le second chantier est le plus long, parce qu’il passe par des essais industriels et non par des arbitrages de bureau. C’est donc par lui qu’il faut commencer.
Sources
Règlement (UE) 2025/40 du Parlement européen et du Conseil du 19 décembre 2024 relatif aux emballages et aux déchets d’emballages, abrogeant la directive 94/62/CE.
Entrée en vigueur : 11 février 2025. Application : 12 août 2026. Jalons ultérieurs : 2028, 2030, 2035, 2040.
